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Il extrait des dossiers classés "secret défense" pour finaliser son master : l’informaticien de la DGSI évite de peu la prison
Jugé le 15 janvier à Paris, un informaticien de la DGSI a reconnu de graves négligences après avoir extrait et conservé des milliers de fichiers sensibles, dont des documents "secret défense" avec le plus haut niveau de classification. Un dossier atypique, à la frontière entre désinvolture professionnelle et faille majeure de sécurité.
Ce jeudi 15 janvier 2026, la 10e chambre correctionnelle du tribunal de Paris a examiné un dossier pour le moins déconcertant : celui d’Andry A., 55 ans, informaticien au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), poursuivi pour avoir soustrait et conservé par milliers des documents relevant du secret de la défense nationale.
L’affaire débute par une alerte interne, le 24 juin 2024. Le service informatique de la DGSI détecte l’exfiltration de plus de 2 000 fichiers vers une clé USB non référencée. L’enquête établira rapidement une ampleur bien plus considérable : plus de 12 000 fichiers retrouvés, dont 226 classifiés, certains au niveau 5, soit le degré maximal de confidentialité. Parmi eux, notamment, des notes sur la sécurité informatique de la DGSI et des documents liés à des filières djihadistes encore actives.
"Je ne sais pas comment ils sont arrivés là"
Les perquisitions menées au bureau de l’intéressé, puis à son domicile parisien, mettent au jour des clés USB, disques durs, ordinateurs personnels et même des dossiers papier estampillés "secret défense", entassés dans un logement décrit comme "insalubre" et "désordonné" par le tribunal cité par Actu Paris.
À la barre, le prévenu livre une explication qui rend perplexe. Inscrit au Conservatoire national des arts et métiers depuis quelques années, il affirme avoir collecté ces documents pour nourrir un mémoire de master en criminologie. Il parle de "négligence professionnelle" et soutient n’avoir utilisé que des articles non classifiés. Concernant les documents sensibles, il dit ne pas comprendre : "De par mon poste, je n’y avais pas accès. Je ne sais pas comment ils sont arrivés là."
15 mois de prison avec sursis
Son profil intrigue. Il est décrit par ses supérieurs comme "jovial", mais "incapable de réaliser les tâches", selon 20 Minutes, au point d’être parfois réveillé par ses collègues, gênés par ses ronflements en pleine journée de travail. Andry A. – qui travaille toujours à la DGSI lors de son passage au tribunal – apparaît à l’audience à l’image de cette description : brouillon, digressif, peinant à répondre précisément aux questions. La procureure évoque des déclarations "inquiétantes", dénonçant "une minimisation et une dissimulation de l’infraction".
Mais malgré des réquisitions sévères – deux ans de prison dont un an ferme aménageable –, le tribunal a finalement opté pour la clémence face à ce père de famille qui a récemment dû affronter en 2020 la mort de son épouse. Andry A. a été condamné à quinze mois de prison avec sursis, échappant de peu à l’incarcération, mais laissant derrière lui l’image d’une faille humaine majeure au cœur d’un service ultrasensible.